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RDC : A qui profite la redevance minière à Lubumbashi et à Kolwezi (Enquête – Partie 1)

RDC : A qui profite la redevance minière à Lubumbashi et à Kolwezi (Enquête - Partie 1)

La redevance minière fait sans doute le bonheur des Entités territoriales décentralisées (ETD) qui abritent des entreprises minières exploitant cuivre et cobalt dans l’ancien Katanga. C’est une innovation de la réforme de 2018 du code minier de 2002. Seulement, malgré les améliorations qu’apporte cette loi, la transparence dans la gestion des fonds de ce précieux sésame pose problème alors que cette redevance suscite toutes les convoitises. De nombreux citoyens lambda ignorent jusqu’à l’existence de cette redevance et à l’affectation des fonds. Enquête au cœur du Katanga profond.

Didier Makal et Fidèle Bwirhonde

Partie 1

Situé à une centaine de mètres de l’avenue des Plaines, le bureau de la commune de Kampemba (à Lubumbashi) est plus remarquable que jamais. Cette bâtisse à étage unique, entourée d’anciens bâtiments administratifs de l’entité, a subi d’importantes rénovations grâce à la redevance minière que paie l’entreprise minière Chemaf (Chemical of Africa) que dirige l’Indien Shiraz Virji.

Avec l’argent qu’il reçoit, le bourgmestre Eric Lwamba montre fièrement à la ville de Lubumbashi ses réalisations: véhicules pour l’évacuation des ordures, véhicules et bureaux en containers pour la police municipale, tous frappés de la mention « commune de Kampemba ». Il compte aussi quelques kilomètres de routes dont nous ne saurons pas la longueur exacte, n’ayant obtenu aucun rendez-vous abouti avec la commune lors de cette enquête.

Cependant, à quelques kilomètres de ce beau décor surréaliste, les habitants des quartiers Kigoma et Kabetsha, autour de la mine de Chemaf, ignorent tout de la hauteur des montants payés à titre de redevance. Ilunga Sardou, chef de quartier Kigoma, par exemple, regrette que la population subisse les effets des activités minières sans bénéficier des paiements effectués. Des propos confirmés par Françoise Kabund Yav, trésorière du Comité de développement du quartier Kabetsha, un autre quartier populaire de Kampemba : «Je suis étonnée de voir que même le camp Tshiamilemba où est érigée une mine de Chemaf n’a même pas d’eau potable».

La commune a néanmoins réussi à y ériger au moins deux bornes fontaines.

Actions minimales, paiements inconnus du public

Dans les autres communes, dans le Haut-Katanga comme dans le Lualaba, les fonds de redevance minière servent à l’érection ou à la réfection des bâtiments publics, des bureaux principalement, des routes et des puits d’eau sécurisés. Ce que plusieurs activistes de la société civile critiquent, dénonçant l’absence d’un plan de développement local. Lucien Mbuyu, team leader Climat des affaires et Partenariat public-privé de la société civile de la commune Ruashi, déplore le fait que «la commune ne perçoit en réalité que 10%», les 5% autres étant détournés par une sorte d’entente «illégale» entre dirigeants locaux.

En effet, selon le code minier révisé en 2018 (article 242) la répartition de la redevance minière prévoit 50% du total pour le pouvoir central, 25% pour la province, 15% pour l’entité décentralisée et 10% pour les générations futures.

Contre les accusations de mauvaise gestion qui la ciblent, comme d’autres de ses collègues concernés par les paiements en vertu du code minier rénové, la bourgmestre de Ruashi où est implantée la société Ruashi Mining, filiale du Sud-africain Metorex exploitant le cuivre et le cobalt, clame la transparence. «Nous avons des contrôleurs qui viennent de différentes institutions politiques pour l’argent de la redevance», affirme-t-elle, sans indiquer de quels services viennent ces contrôleurs. Comme chez tous ses collègues, y compris à Kolwezi dans le Lualaba, aucun chiffre ne filtre.

Bourgmestre de la commune Annexe à Lubumbashi où les sociétés minières CDM (Congo Dongfang Mining) et SOMIKA (Société Minière du Katanga) paient leurs redevances, Rémy Musense refuse d’admettre que le silence sur ces fonds soit suspect. Et alors que sa collègue de Ruashi dit clairement : «On nous a interdit de parler de la redevance minière», Rémy Musense assure avec un air dérangé : «Je ne peux pas vous le dire avec précision. Nous les percevons quand-même et nous restons transparents. Pour ceux qui doutent, nos œuvres parlent. Nous ne sommes pas ici pour nous enrichir». Bref, de tous les bourgmestres ne veut évoquer les chiffres.

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